ANAE N° 107/108 - L'apprentissage de la lecture : état des connaissances, outils et technologies d'accompagnement

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                          ANAE N° 107/108

avril-mai 2010 – Vol 22, tome II-III

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L’apprentissage de la lecture : état des connaissances, outils et technologies d’accompagnement

 

Les difficultés d’apprentissage de la lecture constituent une des préoccupations des professionnels de l’éducation, la maîtrise de la lecture conditionnant tous les apprentissages. Plusieurs enquêtes menées par le ministère de l’Éducation nationale (2003 par exemple) pointent en effet des pourcentages relativement élevés de collégiens (aux alentours de 15 %) qui éprouvent des difficultés à suivre une scolarité normale en raison d’un niveau insuffisant en lecture et en écriture. Ils n’atteignent pas un niveau de lecture suffisant pour comprendre les textes écrits et les utiliser pour d’autres apprentissages. Parmi ces collégiens en difficulté de lecture, plus d’un jeune sur deux se trouverait dans une situation telle qu’elle pourrait déboucher sur une situation d’illettrisme et, selon l’Observatoire national de la lecture (2004), 3 % à 6 % présenteraient une dyslexie développementale, c’est-à-dire une incapacité à acquérir certaines compétences cognitives propres à l’activité de lecture. En conséquence, comprendre les difficultés d’apprentissage représente un véritable enjeu qui nécessite au préalable de mieux connaître les processus normaux d’acquisition et les différents facteurs qui y interviennent (facteurs de nature cognitive, linguistique, neuropsychologique ou encore facteurs de nature éducative ou socio-familiale pour n’en citer que quelques-uns).

 

Les recherches réalisées par les psychologues durant les dernières décennies ont permis des avancées dans la compréhension des mécanismes cognitifs impliqués dans l’acquisition du langage écrit et ses difficultés (retard dans l’apprentissage ou trouble). L’objectif de ce numéro est donc d’offrir un aperçu des avancées récentes quant à la compréhension des mécanismes cognitifs impliqués dans l’apprentissage de la lecture (de l’identification des mots à la compréhension de textes) et quant aux causes des échecs afin de mettre ces connaissances à la disposition d’un large public.

 

Les contributions regroupées ici ont été choisies suite au colloque qui s’est tenu à l’Université d’Angers les 27 et 28 novembre 2008  et ont fait l’objet d’une rédaction revue et enrichie, soumise à une nouvelle expertise.

 

Une première partie, regroupant neuf contributions, traite directement de la question des mécanismes à l’œuvre dans l’identification des mots et leurs relations avec les difficultés ou troubles de lecture. Le premier volet, constitué des quatre premiers articles, porte sur les unités linguistiques en jeu dans l’identification des mots.

 

Monique Sanchez, Jean Ecalle et Annie Magnan expliquent comment les connaissances, que les enfants prélecteurs acquièrent à leur insu sur les caractéristiques structurales des mots, constituent un point d’ancrage des acquisitions ultérieures en langage écrit. Ils présentent une

étude dans laquelle ils évaluent la sensibilité des enfants prélecteurs (GSM) sur trois dimensions – phonologique, morphologique, visuo-orthographique – et décrivent les liens prédictifs de cette sensibilité avec les performances en lecture de CP. Ils identifient ainsi, comme dans d’autres travaux, la sensibilité phonologique comme le meilleur prédicteur de réussite ultérieure en lecture et soulignent aussi, de façon originale, la contribution additionnelle de la sensibilité morphologique.

Fabienne Chetail et Stéphanie Mathey montrent que la syllabe, unité saillante du langage oral, constitue une unité centrale de traitement du langage écrit chez l’apprenti lecteur. La synthèse présentée permet de comprendre comment les chercheurs procèdent pour observer l’utilisation de la syllabe lors de la lecture d’un mot, quelles sont les interprétations proposées, et quelles sont les variations en fonction du niveau de lecture.

Nathalie Marec-Breton présente une synthèse des travaux portant sur les liens entre conscience morphologique et apprentissage de la lecture. Après avoir rappelé que la conscience morphologique ne constitue pas une entité homogène, l’auteur fait le point sur ce que l’on sait du développement de la conscience morphologique, les relations réciproques entre la conscience morphologique et l’apprentissage de la lecture, l’effet d’un entraînement à la conscience morphologique et son intérêt pour la remédiation.

Nathalie Chaves, Marie-Line Bosse et Pierre Largy centrent leur propos sur les connaissances orthographiques lexicales, engagées dans la procédure d’accès directe au mot. Elles montrent, grâce à deux études d’auto-apprentissage, que la possibilité ou non de traiter l’ensemble des lettres d’un mot a une influence sur l’acquisition de l’orthographe spécifique de ce mot. Le traitement visuel du mot entier favorise la mémorisation de l’orthographe.

 

On admet actuellement que les capacités de traitement des unités linguistiques dépendent d’autres capacités cognitives. Le deuxième volet de la première partie, qui regroupe trois articles, évoque successivement les capacités visuo-attentionnelles associées à la prise d’information visuelle, les capacités d’apprentissage implicite et les capacités de traitement séquentiel de l’information.

 

Nolwenn Trolès, Dominique Pichancourt et Jean-Emile Gombert se centrent sur les capacités visuo-attentionnelles. L’étude présentée, réalisée auprès d’enfants normolecteurs et d’enfants dyslexiques dans le cadre de la validation d’un outil d’aide au diagnostic de la dyslexie, permet de comprendre comment ces capacités visuo-attentionnelles sont mesurées et de saisir l’importance d’intégrer une mesure de ces capacités dans le cadre d’une évaluation diagnostique de la dyslexie développementale et de la prise en charge rééducative.

Aurélie Simoës et Pierre Largy traitent de l’apprentissage implicite de la langue écrite, apprentissage qui coexiste à l’apprentissage explicite dépendant de l’instruction scolaire. Les apprentissages implicites s’opèrent de façon non consciente, sans effort intentionnel d'analyse de la part de l'enfant, sous l’effet d'une exposition aux régularités présentes dans les mots. Les auteurs présentent une étude dans laquelle ils comparent la mobilisation des capacités d'apprentissage implicite chez des enfants normolecteurs et dyslexiques. Elisabeth Demont, Christelle Nithart et Marie-Noëlle Metz-Lutz font l’hypothèse que le traitement séquentiel de l'information est impliqué dans la mise en œuvre des règles de correspondances grapho-phonémiques. Elles présentent deux études dans lesquelles elles testent le rôle de la mémoire sérielle (mémoire de l’ordre) dans l’apprentissage de la lecture et ses difficultés : une étude longitudinale réalisée auprès de jeunes enfants de grande section de maternelle suivis jusqu’à la fin du CP et une étude conduite auprès d’élèves dyslexiques et dysphasiques. Ces deux études montrent notamment que la mémoire de l’ordre est liée aux capacités de décodage, le rôle de cette mémoire pouvant même se révéler plus important que le rôle de la conscience phonologique en fin de CP.

 

Dans un troisième et dernier volet, les deux contributions présentées proposent un éclairage différent, mais complémentaire, en se centrant sur les phénomènes de régulation des informations en mémoire de travail, abordés jusqu’à lors à travers les notions de charge et surcharge cognitives.

Paola Palladino, Christine Gaux et Laëtitia Boulc’h présentent l’hypothèse selon laquelle un déficit des processus inhibiteurs expliquerait les faibles capacités en mémoire de travail des enfants avec des difficultés d’apprentissage. A l’appui des travaux antérieurs, l’intérêt de deux procédures permettant d’appréhender la mise en œuvre des processus inhibiteurs est discuté. Ces procédures sont illustrées par deux études conduites par le premier auteur pour tester l’hypothèse d’un déficit inhibiteur chez des enfants avec des troubles déficitaires de l’attention associés ou non à une hyperactivité et/ou avec des difficultés d’apprentissage (lecture, compréhension, calcul).

Après avoir défini le concept de contrôle exécutif, Laëtitia Boulc’h, Christine Gaux et Christophe Boujon expliquent comment concevoir le rôle de ce contrôle dans l’apprentissage de la lecture et ses difficultés. Ils évoquent notamment les difficultés méthodologiques de la recherche dans ce domaine et présentent les données d’une étude réalisée auprès d’enfants de CE2 qui montrent que les faibles lecteurs ont davantage de difficultés à exercer le contrôle requis dans les tâches informatisées, à contenu verbal ou non verbal, que les normolecteurs.

 

Les trois premiers textes qui constituent la seconde partie de ce numéro traitent de l’apport des technologies numériques à l’apprentissage de la lecture. Le numérique s’impose comme un support de plus en plus utilisé dans l’environnement éducatif et scolaire. Il s’agit de comprendre comment ces innovations sont exploitées par les chercheurs et les professionnels pour évaluer les compétences de l’enfant, l’aider à progresser dans ses acquis (didacticiels, programme d’entraînement) ou à dépasser ou contourner ses difficultés. La question de l’importance des contextes éducatifs, et notamment du contexte éducatif familial, est également pointée dans la quatrième et dernière contribution de cette seconde partie.

Bruno De Cara et Monique Plaza passent en revue les domaines susceptibles d’être entraînés pour améliorer la lecture chez l’apprenti-lecteur et présentent quelques logiciels d’aide à la lecture. Ils nous amènent ensuite à réfléchir aux conditions d’usage et de validation scientifique de tels outils.

Jean-François Rouet et Antonine Goumi présentent un modèle des processus impliqués dans la lecture fonctionnelle des textes qui étend la notion de compréhension aux situations de recherche d'informations, d'évaluation et d'intégration de sources multiples. Dans une perspective pédagogique, les auteurs décrivent ensuite un dispositif d'entraînement des capacités de compréhension de textes basé sur un ensemble d'exercices informatisés et tirent un certain nombre de conclusions sur la prise en charge des difficultés de compréhension en lecture dans un cadre scolaire.

Marie-Catherine St-Pierre et Renée Béland testent l’efficacité d’un logiciel d’entraînement des habiletés métaphonologiques auprès d’enfants sans trouble du langage âgés de 5 à 8 ans.

L’automatisation suppose que les élèves aient une pratique suffisante de la lecture et de l’écriture, d’où l’intérêt qu’il y a à tenir compte des contextes dans lesquels se déroule l’apprentissage et, notamment, l’importance du contexte éducatif familial.

La contribution de Annick Weil-Barais et Florence Lacroix, qui clôt ce numéro, montre toute l’importance des interactions adulte-enfant dans un contexte d'apprentissage de la lecture. Cet article propose une analyse des travaux relatifs à la lecture partagée et montre leurs intérêts et limites. Les approches méthodologiques de l’étude des interactions adulte-enfant dans un contexte de lecture partagée sont également discutées. L’article se termine par la proposition de nouvelles pistes de recherche.

 

Nous espérons que ce numéro thématique permettra d’apporter quelques éléments de réponse aux interrogations des enseignants, psychologues scolaires, neuropsychologues, orthophonistes, médecins, parents, éducateurs… et qu’il contribuera à la diffusion souvent trop faible des résultats de la recherche auprès des publics concernés dans leur pratique quotidienne par l’apprentissage de la lecture. Nous souhaitons aussi qu’il favorise le développement d’articulations et de collaborations entre recherche et terrains, entre scientifiques et praticiens[1].

 

Christine Gaux*, Lydie Iralde*, Houria Bouchafa**[2]

Université d’Angers

                  

 



1 Ce colloque intitulé« Approches cognitive et développementale de l’apprentissage de la lecture - Difficultés en lecture, outils et technologies d’accompagnement de l’apprentissage » a été organisé par l’axe Développement des compétences et apprentissages du laboratoire de psychologie Processus de pensée et interventions. Il a bénéficié des aides de l’Université d’Angers, Confluences, le programme OuForEP, la Région des Pays de Loire, le Conseil général, le Département de Maine-et-Loire, la Communauté d’agglomérations Angers-Loire-Métropole, la ville d’Angers, la MGEN.

 

[1] Nous remercions vivement les auteurs de leur précieuse contribution à ce numéro. Nous adressons également nos sincères remerciements aux experts, membres du Comité scientifique du colloque, qui ont accepté d’évaluer les contributions présentées ici.

[2] * MCF Université d’Angers, Laboratoire de psychologie Processus de pensée et interventions.

 **MCF Université Catholique de l’Ouest, Laboratoire de psychologie Processus de pensée et interventions, EA2646 Université d’Angers.

 

Egalement dans ce numéro :

 

Varia

Adaptations françaises des versions courtes des inventaires du développement communicatif

de MacArthur-Bates par S. KERN, J. LANGUE, P. ZESIGER, F. BOVET

 

Le Cahier Pratique d'ANAE

Rubrique Testons les tests : le K-ABC-2  par  L. VANNETZEL

 

 

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A.N.A.E.  N°107/108

Volume 22, Tomes 2 et 3, année 2010

 

L’apprentissage de la lecture : État des connaissances, Outils et

Technologies d’accompagnement »

Numéro coordonné par Ch. Gaux, L. Iralde, H. Bouchafa (Université d’Angers)

 

Ce numéro fait partie de l’abonnement 2010, Vol 22. Comprenant également :

-       N° 106                            X-fragile et Déficiences intellectuelles liées au chromosome X

-       N° 107/108       Approches cognitive et développementale de l’apprentissage de la lecture

(Coordonné par Ch. Gaux, L. Iralde, H.Bouchafa, Angers)

-       N° 109              Pathologies multi-dys et retard mental : de la différenciation aux enjeux éducatifs

(Coordonné par le Dr Ch. Rousselle, Lyon)

-       N° 110              Enseignants/orthophonistes  - Des démarches de travail (Coordonné par D. Crunelle)

 

Plus de nombreux autres articles originaux, Testons les tests, Des applications pratiques,etc.

 

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