ANAE N° 111 - La Dyspraxie

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Février 2011, Vol 23, tome 1

La Dyspraxie

Un nouveau numéro consacré à la dyspraxie de l’enfant? Le sujet n’est il pas épuisé!! Pour justifier notre opiniâtreté à traiter de cette pathologie, nous ferons référence à deux articles publiés dans la littérature, celui de Gibbs et al (2007) «Dyspraxia or Developmental Coordination Disorder? Unravelling the enigma» et celui de Steinman et al (2010) «Toward a narrower, more pragmatic view of Developmental Dyspraxia»; deux titres qui, de notre point de vue, posent les principales questions que nous devons nous poser en tant que cliniciens: La Dyspraxie de l’enfant, comment «démêler» l’énigme? Sans oublier de garder un point de vue pratique ou pragmatique. Ce sont ces deux thèmes qui ont guidé le choix des textes que nous avons ici sélectionnés.

Dans le premier texte, «Evolution et multiplicité des concepts» nous avons souhaité faire partager au lecteur la richesse des concepts, des interprétations, des descriptions, des termes que cette pathologie suscite. Ce parcours montre aussi les recoupements, croisements des idées, les tentatives de synthèses en empruntant aux différents écrits et c’est bien de cela dont parle cette pathologie, de la nécessité d’aller puiser dans plusieurs disciplines et à plusieurs âges, en témoigne le rapprochement avec l’apraxie de l’adulte.

Gérald Bussy avec ses collaborateurs aborde la question de l'hypothèse du déficit du traitement procédural en tant que mécanisme commun dans la dyspraxie verbale qui associe dysphasie et dyspraxie. Il ne s'agirait donc pas de deux pathologies distinctes mais d'un continuum entre elles. Ce constat nous amène à nous interroger, à nouveau, sur le lien entre le langage et le geste tel que Liepman (1920) l'avait pressenti en décrivant l'association très fréquente d'une apraxie gestuelle chez le sujet aphasique.

Marie-Aimée Rocher porte son regard de psychomotricienne sur une pathologie qui prend naissance avec les premiers fondateurs de la psychomotricité, Dupré, Bourneville, Wallon puis Ajuriaguerra, à la fois médecin, neurologue, psychiatre, neuropsychologue, psychanaliste. Qui aura mieux décrit la dyspraxie infantile, dans son manuel de psychiatrie de l'enfant, que cet auteur et dans des termes d'une grande modernité? Qui pouvait mieux qu'Ajuriaguerra, de par l'éclectisme de sa formation, rendre compte de la dyspraxie de l'enfant?

Baya Boudia apporte sa contribution en tant que psychologue. Quelle est la place de l'évaluation neuropsychologique dans la démarche diagnostique? Qu'apportent les résultats de cette évaluation: Sur le diagnostic posé? Sur l'étiologie cognitive c'est-à-dire les processus cognitifs en cause et explicatifs de la pathologie? Sur les troubles cognitifs associés à la dyspraxie? Sur les liens qui existent entre ces troubles cognitifs et la dyspraxie?

Magali Feige et Céline Thévenon et l’équipe DELTA 01 nous proposent une réflexion, à partir de trois types de situations cliniques, sur les liens entre troubles praxiques et troubles attentionnels et exécutifs. Leurs propos montrent l’évolution des idées concernant la recherche d’un lien entre les différentes fonctions cognitives. Comment, dans une perspective développementale, ces fonctions s’articulent-elles ? S’agit-il d’une co-morbidité ou d’un mécanisme commun sous-jacent? Là encore, ce questionnement théorique et clinique a comme objectif des applications pratiques. En effet, poser ces questions montre la volonté des professionnels d’y répondre en développant les outils nécessaires dans le but d’améliorer la prise en charge de ces enfants.

Le consensus sur la Dyspraxie Développementale réalisé par le Réseau Régional de Rééducation et Réadaptation Pédiatrique en Rhône Alpes (R4P) s’inscrit dans l'objectif «Du Diagnostic à la Situation de Handicap», Comment harmoniser les pratiques? Ce travail a demandé la participation active, et sur plusieurs mois, de plusieurs groupes de professionnels de la Santé et de l’Education Nationale. Il est le reflet de la nécessité de la pluralité des points de vue pour arriver à un Consensus, étymologiquement, que l’on se mette d’accord ou qu’un ensemble de signes remporte l’adhésion. Car il s’agit bien, là encore, du problème posé par cette pathologie dans laquelle, et elle n’est pas la seule en médecine, il n’y a pas de Signe Pathognomonique, c'est-à-dire dont la seule présence suffit à faire la preuve de la maladie. Il est vrai qu’en Neuropsychologie, on a pris l’habitude, chez l’adulte, et depuis longtemps du diagnostic par élimination: L’apraxie, trouble du geste qui ne relève ni de.., ni de …Chez l’enfant, c’est un peu plus compliqué, car le trouble développemental, en l’absence de preuve anatomique cérébrale, peut facilement être récusé, d’autant qu’il peut s’associer à d’autres troubles, d'étiologie psychologique ou sociologique qui peuvent, eux-mêmes, prendre leur part explicative

Le travail, mené en étroite collaboration, entre Aurélie Le Flem et Corinne Gardie sur «la pertinence et les limites des aménagements pédagogiques et des compensations pour l’enfant dyspraxique» nous montre qu’il n’y a pas une réponse à un diagnostic de dyspraxie mais une réponse à une situation d’un enfant dyspraxique; situation propre à cet(te) enfant, avec ses particularités, sa complexité; travail qui nécessite d’engager un véritable partenariat avec l’enfant, la famille et les professionnels.

DELTA 01 (Dispositif d’Expertise et de Liaison pour les Troubles des Apprentissages du département de l’Ain), se présente comme une nouvelle formule originale pour répondre à l’évaluation et la prise en charge d’enfants Multi-Dys en partenariat avec les professionnels de proximité; structure à vocation départementale qui allie un haut niveau de compétence dans le diagnostic clinique et la continuité du soin, du diagnostic à la prise en charge en passant par la formation des professionnels, formation de terrain, par l'intermédiaire de la prise en charge de l'enfant et également formation continue. DELTA développe, également, des compétences méthodologiques de mise en réseau des professionnels et pour organiser le décloisonnement entre les différents professionnels, secteur libéral, secteur médico-social, école, services sociaux, MDPH. La présence d'une structure telle que DELTA permet au Centre de Référence hospitalier de jouer pleinement son rôle d'expertise clinique, diagnostique et de recherche.

En conclusion, un numéro, qui n'est certainement pas exhaustif de la question, permettant de présenter quelques avancées tant sur le plan de la clinique, de la théorie que des nouvelles structures de soins et méthodologies d'action, à partir des réflexions de cliniciens de terrain que nous sommes, auxquelles nous confrontent cette pathologie.

Références

Gibbs J, Appleton J, Appleton R. Dyspraxia or Developmental Coordination Disorder ? Unravelling the enigma. Arch Dis Child 2007; 92: 534-539.

Steinman KJ, Mostofsky SH, Denckla MB Toward a narrower, more pragmatic view of Developmental Dyspraxia. Journal of Child neurology, 2010; 25: 71-81.

LES RECOMMANDATIONS OFFICIELLES DE LA CONFERENCE DE CONSENSUS SUR LE

BILAN PSYCHOLOGIQUE DE L'ENFANT

Dans ce numéro

Varia

De la bulle à la rencontre M.Merucci et M Forissier

Les auteurs présentent une expérience clinique d’accompagnement dans le milieu institutionnel d’un garçon de 12 ans présentant une mutation du gène MeCP2. Elles font référence à différentes approches théoriques afin de mieux adapter et affiner la prise en charge aux besoins de l’enfant.

Les interventions des clowns sous la loupe des chercheurs

K. Caradant-Siberg, S. Larivée

Les programmes faisant intervenir des clowns auprès d’enfants hospitalisés ou non suscitent de plus en plus d’intérêt. Les chercheurs s’interrogent : quelle est l’efficacité thérapeutique de telles actions ? L’objectif de cette recension est d’examiner la valeur méthodologique des études entreprises sur ce sujet.

La valeur méthodologique des travaux recensés ne s’élève qu’à un score moyen de 57, 6 %. On voit que cette approche novatrice pourrait être largement améliorée. Des difficultés d’implantation sont d’ailleurs signalées dans plus d’un tiers de ces études.

En conclusion, des pistes de solution sont proposées. Elles visent à résoudre une partie des problèmes pratiques ou méthodologiques qui ont été rencontrés, à améliorer la qualité des interventions et à orienter plus rigoureusement la recherche dans ce domaine.

Redéfinition de l’aphasie : pour une thèse thérapeutique N. Zellal

Dans cet article est proposé un modèle cognitivo-comportementaliste de rééducation neuropsychologique des troubles du langage occasionnés par une lésion cérébrale.

La description structurale des performances, leur classification et leur explication neuropsycholinguistique permettent l'élaboration d'un cadre théorique de rééducation, fondé sur la notion cognitive de structuration spatio-temporelle. La redéfinition de l’aphasie et les techniques thérapeutiques qui en découlent sont prometteuses dans le cadre des neurosciences.

Testons les Tests

La R-CMAS– Echelle d’Anxiété Manifeste pour Enfants Révisée - L.Vannetzel, R. Zebdi

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